La première remarque qui vient à l’esprit est " Que les choses sont limpides ! Mais qu’elles sont effrayantes... "
La Vème République a toujours été d’inspiration présidentielle. D’ailleurs, la cohabition n’avait même pas été envisagée : un bug ! Mais, en réalité, c’est bien dans ce cas que le pouvoir a pu être collégial, responsable et respectueux : une République parlementaire.
Ici, la vision présidentialiste, et pour ainsi dire, quasi bonapartiste, est pleinement assumée. Le Président est partout, il sait tout, il gère tout. Un De Gaulle aurait pu dire "Dormez tranquilles". Mais au Général il faut bien reconnaître le respect des institutions, des parlementaires et du peuple français.
Sarkozy, quant à lui, entérine le fait que le Parlement ne soit plus qu’une chambre d’enregistrement des volontés du chef, ne feignant même plus de respecter la séparation des pouvoirs, qui jusqu’à présent, interdisait les chambres au Président. Il enterre les institutions de la Vème République, lui, ancien gaulliste du RPR. Ses ministres sont les premières classes que l’on envoie au front, soit pour déminer le terrain, soit pour faire diversion. Aucun pouvoir d’initiative ne leur appartient vraiment. Ensuite entre en scène le consul. Il relègue même le Premier des ministres au rang de porte-parole (et encore !). Etrangement, le secrétaire général de l’Elysée a peut-être plus de pouvoir, bien que cela n’ait aucune légitimité. Le Président, comme son staff, n’a aucune responsabilité politique avec cette Constitution. Et pour les français, le summum ! Ayant à sa botte, tel un Berlusconi, de part ses "amitiés", la plupart des médias, il a réussi à faire disparaître - le temps de sa campagne notamment - les chômeurs, le déficit, les affaires.
Comment ne pas être dubitatif alors face aux quelques propositions réformistes insérées dans ses paroles, par la voix de M. Fillon ?
- Le nombre de commissions doit être augmenté, oui. Combien ? Quels domaines ?
- L’évolution du Sénat pour la diversité, oui. Mais quel mode de scrutin ?
- L’ordre du jour du Parlement devrait être partagé avec le Parlement. Il serait temps ! Dans quelle proportion ?
- Les parlementaires doivent contrôler l’exécutif, oui. Avec quels moyens ? Avec un veto ?
- Le CSM doit être réformé, oui. Comment ? Qui le présidera en lieu et place du Président ?
Force est d’admettre que de bonnes questions sont posées. Mais face à la toute puissance du Président de la République, chef de l’Etat, de l’Exécutif, du Législatif, du Judiciaire, quelles avancées peut escompter la démocratie ? La C6R entend alerter les françaises et les français que quelques arbres semblent plutôt masquer une sombre forêt, celle du pouvoir personnel. Dans quelle direction vont les réformes annoncées : République ou nouvel Empire ?
Guillaume Tournat, président de la C6R Charentes-Poitou