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Procureur général de Paris : l’Elysée accusé de mainmise sur la justice

jeudi 14 septembre 2006, par Guillaume Tournat

Lien : www.tageblatt.lu

La nomination comme procureur général de Paris de Laurent Le Mesle, un proche de Jacques Chirac, suscite l’indignation de la gauche et de magistrats, qui dénoncent une mainmise sur la justice alors que le chef de l’Etat va perdre l’immunité présidentielle à la fin de son mandat.


Ex-conseiller pour la justice de M. Chirac, directeur de cabinet du garde des Sceaux Pascal Clément, M. Le Mesle, 55 ans, a été nommé procureur général près la cour d’appel de Paris mercredi en Conseil des ministres.

Il était pressenti depuis des mois pour ce poste afin de remplacer Yves Bot, qui doit devenir en octobre avocat général à la Cour de justice des Communautés européennes à Luxembourg.

Le premier secrétaire du PS, François Hollande, a jugé »choquante » cette nomination, »parce qu’elle peut viser le citoyen Jacques Chirac qui demain, au terme de son mandat de président de la République, pourrait avoir à répondre des accusations qui ont pu être faites quant aux emplois fictifs de la Ville de Paris ».

Jacques Chirac, qui a été maire de Paris de 1977 à 1995, a été mis en cause dans un volet de l’affaire des marchés publics d’Ile-de-France, une affaire de financement illicite des partis politiques dont aurait surtout bénéficié le RPR, alors qu’il en était le chef.

 »Aujourd’hui, Jacques Chirac, par cette nomination, est en train de prolonger son immunité » après son départ de l’Elysée, a affirmé M. Hollande.

Le numéro un du PS a adressé mercredi une lettre au président de la République pour lui demander »solennellement » de »revenir, dans un souci d’apaisement, sur cette nomination ».

Le Parti socialiste »rappelle que votre engagement de faire voter, durant les premiers mois de votre mandat, le statut pénal du chef de l’Etat, n’est toujours pas tenu », écrit-il également.

Selon André Vallini, député PS et ancien président de la commission d’enquête sur Outreau, cette nomination »inacceptable » relève de »l’utilisation à des fins politiques et personnelles de la Justice ».

Lundi, les sénateurs communistes avaient exprimé leur »indignation » au sujet de cette nomination, qui confirme selon eux »la volonté du gouvernement de bloquer toute avancée vers une justice plus indépendante du pouvoir politique, plus proche des citoyens ».

Les deux principaux syndicats de magistrats ont vivement protesté contre une nomination »politique ».

 »Le ministre de la Justice Pascal Clément envoie un symbole fort de verrouillage de la justice », a estimé mercredi Dominique Barella, président de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire).

De son côté, le Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) a estimé que cette nomination, qui »s’inscrit dans une série déjà édifiante », constitue »une nouvelle manifestation de l’emprise du pouvoir exécutif sur la justice et plus particulièrement les parquets ».

Le ministre de la Justice, Pascal Clément, a qualifié sur RTL de »procès politicien » les critiques de la gauche et des syndicats de magistrats, estimant que la nomination de M. Le Mesle a été faite »à partir des qualités humaines de l’homme, de ses qualités intellectuelles et de ses qualités de juriste ».

 

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[Guillaume Tournat]

 
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