La nomination comme procureur général de Paris de Laurent Le Mesle, un proche de Jacques Chirac, suscite l’indignation de la gauche et de magistrats, qui dénoncent une mainmise sur la justice alors que le chef de l’Etat va perdre l’immunité présidentielle à la fin de son mandat.
Ex-conseiller
pour la justice de M. Chirac, directeur de cabinet du garde des Sceaux
Pascal Clément, M. Le Mesle, 55 ans, a été nommé procureur général près
la cour d’appel de Paris mercredi en Conseil des ministres.
Il
était pressenti depuis des mois pour ce poste afin de remplacer Yves
Bot, qui doit devenir en octobre avocat général à la Cour de justice
des Communautés européennes à Luxembourg.
Le
premier secrétaire du PS, François Hollande, a jugé »choquante » cette
nomination, »parce qu’elle peut viser le citoyen Jacques Chirac qui
demain, au terme de son mandat de président de la République, pourrait
avoir à répondre des accusations qui ont pu être faites quant aux
emplois fictifs de la Ville de Paris ».
Jacques
Chirac, qui a été maire de Paris de 1977 à 1995, a été mis en cause
dans un volet de l’affaire des marchés publics d’Ile-de-France, une
affaire de financement illicite des partis politiques dont aurait
surtout bénéficié le RPR, alors qu’il en était le chef.
»Aujourd’hui,
Jacques Chirac, par cette nomination, est en train de prolonger son
immunité » après son départ de l’Elysée, a affirmé M. Hollande.
Le
numéro un du PS a adressé mercredi une lettre au président de la
République pour lui demander »solennellement » de »revenir, dans un
souci d’apaisement, sur cette nomination ».
Le
Parti socialiste »rappelle que votre engagement de faire voter, durant
les premiers mois de votre mandat, le statut pénal du chef de l’Etat,
n’est toujours pas tenu », écrit-il également.
Selon
André Vallini, député PS et ancien président de la commission d’enquête
sur Outreau, cette nomination »inacceptable » relève de »l’utilisation à
des fins politiques et personnelles de la Justice ».
Lundi,
les sénateurs communistes avaient exprimé leur »indignation » au sujet
de cette nomination, qui confirme selon eux »la volonté du gouvernement
de bloquer toute avancée vers une justice plus indépendante du pouvoir
politique, plus proche des citoyens ».
Les deux principaux syndicats de magistrats ont vivement protesté contre une nomination »politique ».
»Le
ministre de la Justice Pascal Clément envoie un symbole fort de
verrouillage de la justice », a estimé mercredi Dominique Barella,
président de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire).
De
son côté, le Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) a estimé
que cette nomination, qui »s’inscrit dans une série déjà édifiante »,
constitue »une nouvelle manifestation de l’emprise du pouvoir exécutif
sur la justice et plus particulièrement les parquets ».
Le
ministre de la Justice, Pascal Clément, a qualifié sur RTL de »procès
politicien » les critiques de la gauche et des syndicats de magistrats,
estimant que la nomination de M. Le Mesle a été faite »à partir des
qualités humaines de l’homme, de ses qualités intellectuelles et de ses
qualités de juriste ».