La constitution de 1958-1962 a été faite pour le
Général de Gaulle et les gaullistes. En tout cas, certainement pas pour
la gauche.
Cette merveille, que le monde civilisé ne nous envie
guère, n’a d’ailleurs pas empêché des outsiders de droite de troubler
le jeu : Giscard d’Estaing en 1974, Le Pen depuis 1988, Bayrou
aujourd’hui. Quant à la gauche, elle n’a gagné que grâce à François
Mitterrand, qui connaissait très bien la redoutable mécanique des
institutions de la 5e République...
Les socialistes de retour au pouvoir avec Lionel Jospin
à Matignon n’avaient apparemment pas retenu la leçon : en instituant le
quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, ils ont remis en
branle la machine à perdre, avec les résultats que l’on sait en 2002,
renforçant du même coup la présidentialisation du régime.
Ségolène Royal a cherché à s’adapter à ce jeu piégé.
Elle l’a fait en s’adressant directement aux Français, au-dessus de la
tête des partis la soutenant. Elle a su créer un effet de curiosité,
voire d’intérêt. Mais elle n’a pas fait la différence.
La droite de Sarkozy est naturellement plus à l’aise
dans l’exercice d’inspiration bonapartiste qu’est la fameuse "rencontre
d’un homme et d’un peuple".
En tout état de cause, si Ségolène Royal est élue, il
lui faudra prioritairement imposer une profonde réforme des
institutions, fondement de l’instauration d’une vraie démocratie
parlementaire.
C’est ce que souhaitent tous les électeurs de gauche en
particulier et les démocrates en général, et c’est certainement l’une
des conditions de la victoire.
François Colcombet, ancien député, président de la C6R