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Message de Dominique Voynet à l’AG de la C6R


PAR DOMINIQUE VOYNET LE 23 FÉVRIER 2004

Première publication : 23 février 2004, mise en ligne: lundi 23 février 2004, par webmaster

Lien : www.gauches.net


Cher(e)s ami(e)s,

Je voudraisd’abord vous faire part de mon plaisir d’être avec vous,pour cette séance de clôture de l’Ag de la C6R.

Mon message cet après-midi à votre AG va encore faire couler de l’encre et de la salive dans le microcosme,les interprétations vont en être multiples et variées ....

Dans l’étrange système actuel des relations au sein des gauches,le fait que l’adhérent d’une formation ou d’un réseau s témoigne amicalement chez un autre est immédiatement interprété,jaugé et soupesé comme le signe d’une allégeance,d’un ralliement ou d’une tentative de manoeuvre à son profit....

Dans le cas particulier,il est clair que ma contribution ici est naturelle,compte tenu de la proximité politique des Verts avec les thèmes et le propos général de la C6R...

J’aurais pu dire tout aussi bien "tant votre association est en phase avec une façon très ancienne qu’ont les Verts de souligner la nécessité d’un profond bouleversement des institutions de la République".

J’essaierai donc dans ce message cet apres-midi de donner quelques éléments de réponse à la question qui se pose de la place des changements institutionnels dans une stratégie plus globale de changement

Et j’aborderai dans ce droit fil,certains aspects qui me paraissent importants d’une nouvelle culture politique de la transformation démocratique pour les gauches dans ce pays.

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C’est évident,rarement autant que maintenant,la dérive clanique,affairiste,on a dit berlusconienne,de la droite française chiraquisée n’a souligné avec une telle force l’urgence d’une modification très significative de notre fonctionnement démocratique.

Nous vivons en effet un moment où ce n’est pas seulement la République qui parait faire débat mais les fondements mêmes des modèles antérieurs de représentation et d’exercice des pouvoirs.

Cette observation ne vaut pas d’ailleurs pas que pour la France mais pour la plupart des pays d’Europe de l’Ouest.

Les symptômes de la désaffection des citoyens pour la chose publique trditionnelle,l’abstention,la désertion apparente des jeunes,les votes populistes,l’image de corruption ou de magouilles qui colle à la peau du personnel des partis,l’idée que les vecteurs anciens de la politique sont au mieux impuissants au pire complices de l’ordre existant,tout cela dépasse nos frontières.....

L’usure de l’offre programmatique traditionnelle,et d’une certaine façon à droite comme à gauche,dont témoignent les alternances rapides en France depuis 81,se combine manifestement à des facteurs plus lourds,qui contribuent à relativiser la place de l’engagement politique dans ses formes habituelles.

Par en haut,la globalisation,le déséquilibre actuel des rapports de forces entre les continents,la puissance de l’offensive des forces de l’argent,l’écroulement des grands mythes émancipateurs et même l’érosion des modèles traditionnels de la réforme.....

Par en bas,les changement des modes de vie,un autre rapport au territoire,une autre façon de vivre la relation entre l’individu et le collectif,l’interrogation fondamentale des classes moyennes sur leurs liens avec les classes populaires...

Les éléments de fond et les conditions de l’implication des groupes dans le jeu démocratique sont donc fortement interpellés..

Tout cela n’est cependant pas univoque..et en quelque sorte "pendant les travaux ,la vente continue".

Je crois que nous vivons autant qu’une période de régression,un moment de transition.

C’est une banalité que de souligner l’émergence de formes différentes d’engagement,d’une nouvelle société civile démocratique :

C’est tout l’arrière-pays,toute la base sociale et culturelle des projets d’émancipation qui sont en train de travailler souterrainement..

Il ya les mouvements altermondialistes,et ce n’est pas parcequ’ils semblent réceptifs à telle ou telle thématique,plus ou moins archaïque,qu’il faut que la gauche,elle même ancienne, les passe par pertes et profits...

Il y a les mouvements pour une autre pratique de l’Economie,du travail,de la consommation..

Il y a les mouvements écologistes qui constituent en eux mêmes la preuve de l’arrivée,sur le long terme d’un nouveau paradigme de la contestation de la domination sans partage du capitalisme..

Certes, les révolutions minuscules et les mouvements a-partidaires à gauche ne sont pas un phénomène nouveau !

Mais ils témoignent tous cependant aujourd’hui à une très grande échelle,d’une volonté de se réapproprier le changement aux niveaux les plus adaptés,"par les deux bouts",à la fois sur les territoires et dans la dimension transnationale..

Ils témoignent accessoirement de l’arrivée de générations nouvelles auxquelles il faudra bien faire ,dans des sociétés vieillissantes, la place qui leur revient..

Alors,bien évidemment, la clef d’une autre politique repose en premier lieu sur l’émergence d’un autre projet pour la gauche ou pour les gauches..

Je ne vous ferai pas l’injure de croire que vous n’y songez pas aussi..

Mais je crois comme vous que la réduction de l’écart qui s’est ouvert entre les cadres actuels de la représentation politique, nées à la fin des années 50, et ces volontés transformatrices apparues beaucoup plus récemment,passeaussi par la transformationde ces cadres,par la redéfinition des modes d’exercice de la responsabilité démocratique et donc par d’autres façons de gouvernemer les sociétés modernes et complexes.

Simplification,visibilité de la gouvernance et des gouvernants,redéfinition de la responsabilité figurent sans aucun doute parmi les priorités de cette redéfinition..

A la veille du rendez vous de Juin,alors que l’élargissement est là,vous avez beaucoup travaillé par exemple aujourd’hui à cette proposition que ce soit le Parlement européen qui élabore et décide de la future constitution de l’Union et je pense,à la réflexion,que c’est une bonne chose.

Comme toute proposition démocratique,elle suscite des objections liées aux incertitudes sur ce que sera politiquement la future Assemblée de Strasbourg

Mais elle présente a contrario deux avantages :d’une part elle clarifie ce que devrait être le lieu central de la décision dans un système particulièrement opaque,et fixe ainsi clairement l’enjeu des votes à venir entre droites et gauches(et aussi au sein de chaque camp), auprès des citoyens.

D’autre part et surtout,à la différence de la Convention Giscard,bizarrement composée à la réflexion,elle ne soumettra plus les révisions institutionnelles à venir à des compromis plus ou mons aleatoires et discrétionnaires entre des bureaucraties et des Etats..

Finalement,au lieu comme celle-ci de verrouiller les choses pour longtemps,elle indique clairement les conditions d’évolution possible des institutions européennes ,à partir de la maturation d’une opinion publique européenne ainsi remise au centre du jeu.

J’interprète donc votre proposition, qui est également celle des Verts européens,non seulement comme un parti-pris démocratique,mais aussi comme un vrai parti-pris fédéraliste et je ne peux que m’en féliciter .

Il en va de même en France :

Il est chaque jour plus clair que la réduction du rôle du parlement,les prérogatives exorbitantes de l’exécutif,le rôle conservateur d’obstacle au changement dévolu au Sénat,l’extravagance des pouvoirs du Président et la dilution correspondante de la fonction de Premier ministre,les différentes formes de cumul des mandats sont autant d’obstacles qui se dressent devant l’exercice normal du gouvernement dans un pays moderne,devant la transparence,et a fortiori devant toute perspective de changement sur le long terme.

On parle de cela dans toutes les élections depuis longtemps et même à gauche.

La pratique a cependant montré,et cela depuis les deux septennats qui ont suivi 81,qu’il y avait loin de la promesse à la réalisation et qu’on se coulait assez facilement une fois au pouvoir dans le moule d’un fonctionnement bien décrié dans les phases d’opposition.

Sans tomber dans une polémique de mauvais aloi,la crédibilité des socialistes gagnerait sans doute beaucoup à le reconnaître.

Je voudrais à cet égard,et sans épiloguer non plus sur cet épisode douloureux,souligner à quel point l’inversion du calendrier électoral de 2001 fut une mauvaise décision non seulement pour la démocratie mais pour la gauche.

En entérinant la suprématie du vote pour le Président,non seulement elle admettait la subordination de la seconde échéance à la première,mais elle créait un puissant facteur de division dans notre propre camp dont le prix à payer fut la terrible désillusion du 21 Avril.

Ce cadeau inespéré fait à la logique de personnalisation de notre système,n’a pas fini de contrarier notre avenir commun .

Le débat de fond pour 2007 est d’ores et déjà pollué par les querelles de présidentiables et par le double petit jeu qui fait si mal à nos partis : faire de la politique spectacle d’un côté, rassurer à gauche pour finir par jouer au centre d’un autre coté....

Il m’apparaît donc clairement,et je ne pense pas que vous me démentirez sur ce point,que les gauches françaises devraient plus clairement qu’elles ne l’ont fait par le passé,dire leur hostilité à toute forme de présidentialisation encore accentuée de notre système et par conséquent prendre clairement les engagements allant dans le sens du passage à une nouvelle République parlementaire pour la France.

Alors oui,la réforme de nos institutions est une des conditions nécessaires à l’avancée démocratique de la France,tout comme l’adoption d’une constitution européenne plus démocratique est indispensable à l’avancée de nouvelles politiques pour le continent..

Mais au delà même de la question du projet politique,elle n’est pas,et vous en étes bien évidemment convaincus,la seule condition..

Je dirais même que la réforme institutionnelle,sans une réfonte assez radicale de notre fonctionnement en partis et de notre manière de concevoir l’exercice des responsabilités publiques,risquerait d’être la source de nouvelles désillusions...

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Si nous ne voulons pas,éternelle question,que l’arrivée d’une sixième République parlementaire soit assimilée à une régression vers la quatrième,alors nous devons prendre des mesures telles que notre pratique de la politique rompe avec ce qui est la conséquence du système institutionnel actuel sur nos dispositifs politiques passés et je n’en citerai ici que deux :

D’abord,il n’est plus possible que les appareils politiques de partis décident de tout,et à l’intérieur des partis eux-mêmes, que domine à ce point le système des courants qui fonctionnent trop souvent comme des sous-machines à produire du pouvoir de l’opacité quand ce n’est pas de la clientèle.

Je me suis taillée,vous le savez,un franc succès chez les Verts quand j’ai évoqué l’hypothèse d’un parti unifié de la gauche et à l’usage,il s’avère que la formule était plus que malheureuse.

Il n’empêche qu’elle posait une question sérieuse :

Comment les partis traitent-ils de leurs divergences et de leurs oppositions,en amont de l’exercice des responsabilités ?

Comment par exemple à gauche,construisons nous nos compromis et nos consensus ?

Comment débattons nous et associons nous à la prise de décision pas seulement les adhérents mais toutes celles et tous ceux qui agissent ,d’une façon ou d’une autre dans le sens de la transformation écologique et sociale. ?

Cette question demeure aujourd’hui comme hier,et si nous ne la faisons pas avancer,nous courons au devant de graves contre-performances...

Si la période d’opposition se résume pour les partis de gauche à picorer ce qui les intéresse dans les programmes des syndicats et des associations,puis à tirer de tout cela des programmes élaborés par en haut dont on sait qu’ils seront remis en cause à la première difficulté,alors nous alimenterons encore une fois la déception !

Alors nous ne traiterons pas bien le problème que j’évoquais à l’instant du fossé qui s’est creusé entre les différentes formes d’engagements dans les gauches !

Je ne sais si la réponse en terme de primaires,de conventions communes,de représentation des sympathisants et des électeurs,et cela à tous les échelons,est satisfaisante....

Mais je sais que cette question est absolument fondamentale,surtout dans uns situation où des clivages communs traversent culturellement comme c’est normal l’ensemble des formations des gauches européennes.

Cette capacité à changer la manière de produire et de faire de la politique,cette obligation qu’il y a à sécuriser globalement le dispositif afin que la réforme ne soit pas synonyme d’instabilité,d’aventure et de main mise des appareils sur la démocratie,sont impératives pour qu’un systèmede type parlementaire affirme réellement sa supériorité face aux dérives autoritaires que nous connaissons aujourd’hui.

Ces évolutions doivent se prolonger à mes yeux dans les modes d’exercice eux mêmes des pouvoirs et c’est,d’après moi,la seconde condition pour que des réformes institutionnelles prennent du sens.

Nous tournons en rond depuis un quart de siècle autour du thème de la démocratie participative et de la citoyenneté et ces mots,tout comme le terme de développement durable,sont devenus des tartes à la crème de comices agricoles et de fêtes patronales : ils ne nous font plus guère avancer.

Il faut rompre avec cette vision désormais caduque de la politique qui veut qu’un exécutif puisse s’occuper de tout à la fois,que la politique par en haut puisse tout faire et tout le temps.

Il faut arrêter de dire,même à une tribune de gauche,qu’une loi,si nécessaire soit-elle,peut tout...

Il faut se démarquer de cette conception,car elle aboutit à ces oscillations calamiteuses des gouvernants entre le faire-semblant des plans d’urgence qui ne voient jamais le jour et leurs aveux réguliers d’impuissance,comme nous en avons connu jadis à propos de l’emploi...,comme nous y arrivons aujourd’hui d’ailleurs à propos des retraites ou de la Sécurité sociale..

Ce type de fable est à mes yeux la cause numero un du désenchantement démocratique.

On pourra facilement s’accorder sur le fait que,pour l’avenir,une politique de gauche doit se recomposer autour des trois idées de la reconquête de l’égalité,d’un modèle planétairement soutenable de vivre ensemble et d’un renouvellement de la démocratie.

Mais si l’on pense qu’une sortie de la société productiviste et du profit,nécessite qu’on se défasse ausi des mille et un liens ,des mille et une contradictions dans lesquelles elle nous enferme chaque jour,alors l’articulation entre ce qui relève d’en haut et ce qui relève des modifications d’en bas doit être profondément repensée.

Les partis politiques de gauche et les ecologistes ont donc à mon avis un avenir comme lieux de formation de l’opinion et de mise en mouvement de la société : mais ils n’en ont plus guère ni comme avant-garde,ni comme machines technocratiques à dire en permanence ce qu’il faut faire aux gens et à leur place.

La réforme de l’Ecole,la refonte de notre politique de santé et de la Sécurité Sociale,une autre politique de la culture,la bataille pour des emplois nombreux et un travail de qualité,rien de tout cela n’est concevable sans l’installation des institutions nouvelles de la co-souveraineté à chaque échelon de notre organisation administrative et territoriale.

Face à la poussée des libéraux,face à l’épuisement par exemple du paritarisme issu de la Résistance ou face aux dérives avérées de la co-gestion agricole,face même aux effets pervers d’une décentralisation que nous avons voulue, la tendance est parfois à gauche de réclamer plus d’Etat et plus de règlementation !

Cela est souvent nécessaire,je crois que c’est parfois un piège terrible.

Ce dont nous avons besoin, c’est de plus de co-décisions et de plus de pouvoir aux citoyens !

Ce qui fait problème à beaucoup de nos concitoyens aujourd’hui, et même si c’est difficile,ce n’est pas que des arbitrages et des choix se fassent ,y compris en fonction de critères économiques ou écologiques..

Ce n’est pas qu’on choisisse,autrement que ne le fait le gouvernement Raffarin,entre les restaurateurs et les chercheurs..

Ce n’est même pas qu’on doive arbitrer entre une durée del’indemnisation des chômeurs et le montant de la cotisation des salariés !Ou encore qu’il faille afficher une préférence entre la voiture et le rail.....

Ou,pour parler d’un sujet qui fâche peut être ici,qu’on doive choisir entre le port du voile symbole d’oppression et l’exclusion denos écoles des jeunes filles voilées.

Ce qui leur pose problème,et d’ailleurs ce qui les déresponsabilise c’est par exemple que le budget de la Sécu soit voté en deux jours au parlement,alors qu’on n’élit plus les représentants dans les caisses depuis des années et des années.

C’est que la politique énergétique ou des grands équipements de transports soit décidée en toute opacité pour les 25 ans qui viennent par des petits cénacles,sous la pression des lobbies c’est à dire des plus forts.

C’est que les grands enjeux ne soient pas mis à jour dans des lieux et par des procédures à travers lesquels ils puissent peser.

Il est étonnant tout de même que des mécanismes qui ont fait leur preuve comme les conférences de consensus,les panels ou les conférences de citoyens ,ne soient pas plus couramment expérimentés dans les politiques locales de gauche et qu’elles suscitent l’effroi chez nombre d’entre nos propres élus quand il est question de contournement autoroutier,de stades,d’incinérateurs ou de désserte aérienne....

Si on veut responsabiliser les populations,si l’on veut agir simultanément sur tous les leviers du changement et ne pas se contenter quand on gouverne,de passer d’une priorité à l’autre,alors oui,la question des formes et des cadres de la décision est pour la gauche aujourd’hui en elle même une question de contenu..

Au niveau des politiques d’ensemble et des grands sujets thématiques,je ne sais pas si l’idée de Sénat des Régions proposée depuis longtemps par les Verts est meilleure que celle de Sénat social proposée par Gerard Filoche ,je ne sais pas si l’idée d’une Branche Sécu de la Jeunesse répond bien à la question de son autonomie,je ne sais pas si l’idée d’un parlement de la culture épuise le problème des priorités dans ce domaine..

Mais je sais que si nous ne posons pas à gauche de façon urgente ce besoin de formes nouvelles,nous nous résignerons de plus en plus au jeu dans lequel la perspective de la transformation se résume à des logiques de lobbies extérieurs au jeu démocratique institué.

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Alors comment travailler à partir de là,aujourd’hui ensemble,à l’unité et au renouvellement de la gauche, ? ..

Je souhaiterais d’abord qu’on remette intelligemment à leur place les querelles idéologiques des anciens et des nouveaux,et qu’on s’attache davantage au fonctionnement concret de la société.

Je suis profondément convaincue,pour ma part qu’il y a davantage de choses à inventer à gauche que de choses à répéter.

Mais je me désole aussi de cette situation dans laquelle on ignore l’expérience accumulée dans la société,par cette sorte de perte de patrimoine collectif qui nous fait oublier ou renier ce qu’il y a eu d’excellent et d’utile dans notre expérience commune,y compris dans la période récente.

Je m’afflige de cette situation qui fait qu’on cherche pour les échéances à venir les cinq/six gadgets programmatiques tirés du chapeau sans expériméntation par les acteurs,sans voir ce que la période actuelle produit dans la société comme pratiques du changement.

Je crois donc beaucoup aujourd’hui à la nécessité d’une sorte d’inventaire de ces pratiques qu’elle soient des pratiques de résistance,de contournement,de subversion ou d’expertise.

Autant que mille programmes,pour reprendre une expression célèbre,elles contribuent à nous faire entrevoir,pour peu qu’on les regarde,les chemins et les manières de la transformation.

Je crois beaucoup par exemple au capital de pratiques accumulées dans les mille et une formes d’auto-organisation de la société,à tout ce qui relève de la mutualisation,de l’association et de la coopération,en matière de consommation, d’agriculture, de logement,de pratiques éducatives et même d’économie sociale et solidaire.

Et cet inventaire et les échanges qui vont avec ne pourront plus se limiter à l’avenir à une confrontation entre des structures de partis,si utiles soient elles.ils doivent être infiniment plus larges.

Il est donc une seconde chose qui me préoccupe,c’est la qualité de la relation au sein des gauches :

Je l’ai évoquée en souriant au début de cette intervention,j’en ai parlé tout aàl’heure comme une question stratégique pour un nouveau parlementarisme mais j’y reviens en conclusion.,cette fois pour le court terme.

La société française ne peut pas se permettre 10 ans de cette droite,qui comme ses homologues américaines ou italienne,fait souffler sur notre pays un mauvais vent d’égoïsme écologique,de régression culturelle,de guerre sociale,et de délabrement démocratique.

Mais ne croyons non plus qu’elle va s’effondrer toute seule sous le poids de sa mauvaise politique et de ses propres contradictions.

Jusqu’à un certain point,ce serait une mauvaise nouvelle pour nous qu’il en aille ainsi.

Nous ne gagnerons en 2007,et nous ne gouvernerons positivement par la suite que si nous disposons ensemble d’un contrat global qui ne dit pas seulement là où nous voulons aller,mais aussi les voies par lesquelles le pays peut se mettre en mouvement pour y aller avec nous.

Nous ne disposerons du temps nécessaire au changement,que si nous convaincons dans la durée à la fois celles et ceux qui ont perdu confiance en nous,mais également une partie de celles et ceux qui constituent la base du camp d’en face..

Pour ce faire,pour occuper ce large spectre,aucune des forces actuellement organisées à gauche,ni en terme de parti ni en terme de mouvements sociaux ne se suffira à elle seule .

Opposer les partis de la gauche de réforme,à la gauche de mouvement et cela dans les deux sens,est sans aucun doute dans la période une vraie faute politique..

Ne pas comprendre que l’autonomie des acteurs de la société civile par rapport à la gauche ou d’ailleurs à l’extrême gauche,est non seulement un fait irréversible mais un processus positif en serait une seconde.

Faire sous-traiter des thèmes spécialisés à telle ou telle composante en serait sans doute une troisième.

Ce dont nous avons besoin dans les mois qui viennent,ce n’est pas d’une addition,d’un empilement de mesures concédées aux uns et aux autres après d’âpres négociations mais d’un corpus partagé comprenant outre les questions évoquées ici, les grands axes d’une politique économique,écologique,sociale,et internationale .

C’est à la consultation et à la mise en mouvement de toutes les gauches pour la définition de ce corpus que j’entends modestement contribuer, à ma place de militante verte et je suis bien certaine que nos routes,alors ,vont se croiser plus d’une fois.

Je vous remercie.

 

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