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Les institutions et l’exercice de la démocratie en France


PAR CHRISTIANE TAUBIRA

dimanche 28 mai 2006, par Guillaume Tournat

Lien : www.awigp.com


Merci, Mesdames, Messieurs, pour cet accueil, Merci Arnaud, pour cette belle invitation.

Je vais faire de la politique, j’en ai entendu d’ailleurs, cet après-midi, j’en ferai plus intensément. Je veux croire Arnaud, que tu savais qui j’étais avant de m’inviter.

Je veux simplement m’assurer que nous savons bien pourquoi nous sommes là. Parce que finalement, changer les institutions, ce n’est pas simplement constater une date de péremption et la respecter. C’est s’interroger sur l’opérationnalité de ces institutions, c’est-à-dire la façon dont on peut les asservir à nos idéaux, à nos ambitions, aux objectifs que nous avons pour les rapports sociaux, pour les rapports humains. Et si nous nous interrogeons sous cet angle, nous nous demandons pourquoi la 6ème République ? Et lorsque je dis que je vais faire de la politique, cela veut dire que je vais parler de ceux qui actionnent les leviers que constituent les institutions. Donc de nos responsabilités, mais surtout de nos choix. Parce que si les institutions étaient dévitalisées c’est aussi parce que certains ont baissé pavillon, c’est aussi parce que nous n’avons pas osé assumer nos divergences. Je voudrais dire clairement que je suis bien dans un camp avec un choix, ce qui n’enlève rien au respect que je peux avoir pour l’autre camp. Si depuis le 21 avril, toutes les politiques qui ont été conduites, notamment durant cette dernière législature sont remises en question, sont interrogées, sont parfois crucifiées, je trouve normal de les remettre en question parce que les politiques et les erreurs doivent constamment être expliquées, justifiées le cas échéant, mais surtout soumises à la critique permanente des citoyens. Il est normal que la gauche qui a géré cette dernière législature, soit interrogée sur ses actions et sur ses erreurs. Il n’empêche que nous pouvons aussi, et nous savons aussi, dresser l’acte d’accusation et instruire le procès du libéralisme économique sauvage et de ses victimes, par l’exclusion, par la pauvreté, par les misères, par les maladies, par la violence, par la désespérance. Décliner toutes les victimes des méfaits de l’argent roi et de la loi du plus fort.

Interroger les institutions, c’est donc interroger les outils que nous devons mettre au service de nos idéaux. Et je veux rappeler pour ma part quelques politiques qui me paraissent significatives des positionnements que l’on peut avoir dans la société. Des politiques de solidarité, par exemple, avec quelques lois importantes. Je veux que l’on comprenne bien comment il a fallu parfois violenter les institutions, ou en tout cas violenter ceux qui maîtrisaient les institutions pour aboutir à quelques lois essentielles au regard de ces idéaux. Quelques lois sur la solidarité. J’évoque rapidement la couverture maladie universelle, qui est une grande et belle réforme même si ses modalités pratiques doivent encore être affinées. Toute une série de mesures sociales, qui vont de l’allocation aux personnes âgées à l’allocation d’éducation spécialisée, ou aux chèques enfance ou aux internats familiaux de proximité. Toute une série de mesures de toutes natures, l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes, qui n’est pas encore acquise mais qui progresse avec l’égalité professionnelle. Toute une série de mesures par rapport à l’histoire, par rapport à la fraternité, qui sont des mesures, des choix de politiques qui servent ces idéaux et qui ne peuvent être mises en œuvre que par les institutions. Alors je dis ce que nous avons fait et ce que nous avons fait de bien, en passant très rapidement. J’aurais pu m’étendre un peu sur une loi qui est en cours de démantèlement, la loi sur la mixité sociale. Nous avons essayé de faire en sorte que les citoyens de différentes catégories sociales puissent vivre dans un même espace géographique. J’aurais pu m’étendre sur l’amélioration, insuffisante mais que nous avons apportée, sur le droit d’entrée et de séjour des étrangers, j’aurais pu insister un peu plus sur la façon dont nous avons quelque peu consolidé les droits économiques et sociaux de personnes frappées de handicap. Ce sont des choix politiques essentiels.

Mais je veux aussi dire que même si je suis fière de ce que nous avons fait, je m’interroge aussi sur ce que nous n’avons pas fait ou ce que nous avons mal fait. Parce que les institutions y ont leur part. Et même si nous avons protesté, Arnaud, beaucoup, moi, un peu, d’autres aussi, nos protestations ne nous dispensent pas d’assumer ce que nous avons peu fait ou mal fait. Je pense aux plus défavorisés que nous avons souvent traité comme des objets de mesures publiques plutôt que comme des sujets à associer à la transformation de leur condition de vie. Je pense aux plus pauvres que nous avons mal compris lorsque parfois ils s’obstinaient à vouloir rester en dehors d’un système commandé par la consommation. Je pense à ces travailleurs qui hurlaient en refusant de se laisser fracasser en silence, aux clameurs assourdissantes du monde que nous avons su entendre parfois, mais en exprimant une rage parfois bavarde et si souvent impuissante. Je pense aussi à la façon dont nous avons dégluti des renoncements sur une Europe plus démocratique. Nous avons faiblement, petitement protesté contre l’adoption du pacte de stabilité et de croissance. Nous avons consenti à une politique monétaire commune, ce qui est un vrai progrès, mais nous avons fait des adieux chagrins aux marges de manœuvre budgétaires qui sont un instrument indispensable de régulation. Je pense à notre voix qui a été si faible, si pauvre, à nos velléités coupables sur le Proche-Orient. Je pense à nos atermoiements condamnables envers les Etats-Unis. Je pense à cette volonté inachevée que nous avons exhibée sur les Balkans. Nous avons aussi capitulé devant les artifices et les manèges qui ont placé l’humanitaire acidulé en lieu et place d’une diplomatie lucide, ferme, féconde. Nous avons ratifié l’absence de doctrine dans les relations avec les pays de l’ancien empire colonial. Nous avons laissé dégringoler l’aide publique au développement.

Alors dans tous ces méfaits, bien sûr, il faut faire la part de l’indifférence aux autres et au monde, il faut faire la part du manque d’ambition, du manque de culture, la part de l’indolence politique, la part de l’atonie éthique. Sans être infimes, ces parts sont dérisoires. Au moins au regard de l’inertie due à la peur des conflits. A la quête fétichiste du compromis. A la recherche obsessionnelle d’une partition pour solo en duo, en solo dans le concert des nations. A la discipline impitoyable de l’immolation au nom de l’unité saugrenue d’un double exécutif. Je l’avoue, j’avais pris la cohabitation en aversion. Je l’ai encore d’ailleurs en aversion. Et, en cette circonstance effroyable créée le 21 avril au soir, quoique nous nous soyons précipités pour nous camper en dignité et proclamer nos valeurs républicaines communes avec la droite, cette posture n’a aucune dimension éthique, aucune portée pédagogique, aucune vertu mobilisatrice si nous n’assumons pas clairement et naturellement nos différences et nos différends, nos désaccords et nos dissensions., nos motifs de querelle et nos points de rupture. Et dans cette cohabitation qui est un concubinage méfiant, nous taire sur ces divergences au motif de ménager un exécutif par ailleurs plutôt déloyal, au prétexte de nous conformer aux choix pipés d’un électorat de plus en plus volatil, de plus en plus perplexe, de plus en plus désenchanté, ce fut proprement suicidaire. Et par peur d’une crise de régime, nous avons pris le risque d’une crise de la démocratie.

Et nous Arnaud, nous qui l’avons vécu, nous avons le devoir de tout comprendre et de tout exprimer. Parce que, comme disait Charles Péguy, « celui qui ne hurle pas la vérité se fait complice des faussaires ». Alors que s’est-il passé pour que cet électorat soit à ce point désenchanté qu’il se détourne de nous ? Et je dis, de nous tous, les partis républicains, les partis démocratiques. Que s’est-il passé ? Nous qui avons rendu cette société plus prospère et plus solidaire ? Nous qui avons mis tant d’ardeur à rectifier une législation que nous voulons toujours fondé sur les principes liés à la déclaration universelle des droits de l’homme, au droit international du travail, à l’égalité des citoyens devant la loi, à la solidarité avec les plus faibles. Que s’est-il passé ? Alors, certes, nous n’avons pas eu suffisamment de temps pour enraciner nos plus belles mesures, pour les faire germer et fleurir. Surtout pour les faire comprendre et connaître par ceux qui devaient en avoir le profit et l’usage. Mais est-ce que ce sont là les seules raisons ? Certainement que le chômage mine la société, notamment en inscrivant et en installant dans la dépendance des personnes en bonne santé, avec des talents, des habiletés, de l’expérience, des compétences, en les mutilant avec un sentiment d’inutilité sociale, en les écrasant avec une impression d’insignifiance. Certainement que l’insécurité, éprouvée ou pressentie, use également la société, en augmentant la vulnérabilité, en diffusant la peur, mais surtout en faisant peser sur les plus faibles les conséquences tangibles de la grande criminalité, de la délinquance financière, du narco trafic et de leurs désordres sur les espaces publics, sur la famille, sur l’emploi. Sans doute que les travailleurs pauvres s’interrogent sur la façon de se projeter dans l’avenir, sur la façon de ciseler des ambitions pour leurs enfants lorsque le travail lui-même renie ces vertus pourvoyeuses de dignité et que l’ascenseur républicain ne semble fréquenter que les sous-sols. Sans doute que certaines formes de solidarité qui ressemblent à de l’assistance compassionnelle humilient ceux qui en profitent, parce qu’il n’y a aucune marge de confiance dans leurs capacités, dans leurs facultés de rebondissement et sans doute qu’on les rend méfiants à l’égard de tout projet social, qu’on rend suspect tout contrat social. Sans doute que les disparités territoriales sapent le sentiment d’appartenance à une société où la prospérité semble avoir des préférences géographiques et catégorielles. Sans doute que tout cela est vrai.

Il demeure que l’immobilisme institutionnel conserve une part considérable. Car que disent les institutions, que répondent les institutions à ceux qui savent et déplorent qu’il faille 5 fois, 10 fois, 20 fois plus d’effort selon le lieu de naissance ou de résidence pour saisir les chances qu’offre l’école, pour avoir accès aux formations à son goût, pour obtenir l’emploi mérité, pour choisir le quartier où loger ? Que répondent les institutions à ceux qui parlent d’intégration ? Exigent-elles des traces de politique d’intégration par des programmes d’alphabétisation, d’enseignement, de formation, d’accompagnement à l’embauche ? Stigmatisent-elles le refus de respecter les cultures, les histoires, les langues, les patrimoines ? Condamnent-elles les politiques d’urbanisme violentes et déshumanisantes, les politiques de logement discriminatoires ? Ces institutions font-elles reproche à ceux qui dissertent sur l’intégration en laissant entendre que le renoncement à soi, à son histoire, à sa culture, doivent en être la condition et le gage ? Fait-elle remontrance à ceux qui exigent des efforts d’intégration à de jeunes français qui n’ont pas de pays de rechange, dont la seule faute est d’avoir des parents issus de l’histoire coloniale de la France, que personne n’aide à affronter leur culture morcelée, leur identité composite, leur histoire compliquée ? Et ces jeunes que des contrôles quotidiens, des paroles blessantes humilient, ces jeunes à qui on nie de fait la nationalité, à qui on complique l’accès à la citoyenneté, ces jeunes chez qui on compromet en fait le désir d’insertion, sont lâchés dans la société, et les institutions n’apportent pas de réponse précise aujourd’hui, sauf celle de l’uniformité. Que répondent les institutions à ceux qui ont contribué aux « trente glorieuses » et qui se retrouvent aujourd’hui largués dans des régions à déclin industriel, à reconversion agricole ou dans des territoires livrés aux prédateurs internationaux qui délocalisent au gré des cadeaux fiscaux ? Que répondent les institutions, sinon l’uniformité qui creuse des inégalités à la mesure des différences et ronge comme des poux de bois le cœur même de l’unité nationale ? Que répondent les institutions à ceux qui s’inquiètent, qui sont encore troublés d’avoir surpris le Front National sur le parvis qui, démocratiquement, mène à la fonction suprême ? A ceux qui frémissent encore de la possible perversité des urnes et de l’absence de rempart contre la conversion de ceux-là, autoritaires, intolérants, qui rêvent d’enrayer le mécanisme démocratique, qui veulent la mort du système égalitaire et solidaire ? Que répondent les institutions à ceux qui disent que puisque les élections sont l’expression contradictoire de la volonté populaire, un gouvernement élu doit exécuter son programme, même au risque de conflits générés par des visions antagonistes et inconciliables de l’organisation de la société. Que répondent les institutions, sinon article 5 de la Constitution et privilège d’arbitrage reconnu au Président ? Que répondent-elles, sinon de prétendus domaines réservés ? Que répondent-elles, sinon des préséances figées dans des pratiques dont on ne repère même plus le fondement ?

L’immobilisme institutionnel a une part considérable. Et la République mérite mieux que ces institutions bancales, taillées alors aux mensurations d’un homme grandi par des circonstances exceptionnelles, aidé, il est vrai, par ses propres vertus.

Donc le fait n’est plus contesté. Et malgré les ruses, les conservatismes, les institutions de la Vème République ont fait leur œuvre et leur temps (Applaudissements). Cette charte fondamentale n’est plus adaptée aux besoins de nos temps. La Constitution de 1958 répondait à un besoin de stabilité gouvernementale, aux nécessités de la décolonisation, et à une conception contestable, sans doute, mais claire et assumée du pouvoir présidentiel. Depuis, la cohabitation a laminé le courage politique. Depuis le pouvoir législatif s’est anémié, s’est étiolé. Il s’est laissé faire violence par le pouvoir exécutif. Mais depuis, surtout, les citoyens sont plus instruits, plus cultivés, plus politisés. Ils exigent de participer aux décisions qui régentent leur vie, qui façonnent leur quotidien, qui moulent leur avenir. Et depuis, surtout, la France a contracté des engagements européens. Elle a signé des traités internationaux. Et la nouvelle Constitution doit intégrer ces dispositions, surtout quand elles ont des conséquences sur les nouveaux doits conquis par les citoyens, sur les libertés publiques et sur les libertés individuelles. La Constitution de la 6ème République devra donc prendre en considération cette aspiration pour la reconnaissance des identités et des cultures, pour le pluralisme linguistique français. Elle devra prendre en considération la demande de libertés locales et l’organisation de nouveaux échelons territoriaux. Elle devra consacrer une stricte séparation des pouvoirs législatif et exécutif. Elle devra aussi établir clairement les conditions et modalités de répartition des compétences entre l’Etat, l’Europe fédérale et les collectivités territoriales. Elle devra surtout ouvrir l’initiative aux citoyens, par voie de pétition et en leur permettant par consultation d’intervenir sur la définition des grandes politiques publiques. Cette Constitution de la 6ème République devra contenir les moyens pour les citoyens d’agir et d’intervenir sur leur vie. Et nos engagements républicains sont plus que jamais d’actualité. Ils sont impérieux, ils sont urgents. Réaffirmer la légitimité de ces identités culturelles, la richesse des langues régionales et familiales. Refaire de l’école le creuset de l’égalité des chances. Raviver une citoyenneté active où chacun participe à la définition, à l’élaboration, au contrôle de ses droits et de ses devoirs. Faire éclore des pouvoirs locaux qui ne soient ni des féodalités consolidées, ni des miettes décentralisées. Edifier ou redynamiser des contre pouvoirs qui ne soient ni paralysés, ni asservis. S’assurer la solidarité, la cohésion nationale par une péréquation généralisée qui corrige les disparités régionales. Afficher clairement notre exigence pour l’avenir en veillant à l’éducation, à la protection de la jeunesse, de toute la jeunesse, et singulièrement de celle qui subit les injustices structurelles liées parfois à des défaillances de politiques publiques. Nous devons également rendre intelligible notre attachement aux services publics qui n’est ni nostalgie, ni dogmatisme, mais un choix réfléchi, pesé, lié à la citoyenneté pour un égal accès aux biens et services fondamentaux sur l’ensemble du territoire. Nous devons dire que la laïcité est une exigence qui vise à la neutralité de toutes les institutions publiques, leur neutralité face aux religions, incontestablement, mais aussi face au pouvoir financier, aux corporatismes, mais aussi à la violence, à tous ces réseaux constitués à la tête des institutions publiques, à la tête d’organismes et qui rendent l’état partisan.

Nous devons réaffirmer ces engagements républicains et nous allons nous montrer combatifs et exigeants pour l’éclosion de cette 6ème République. Car l’enjeu est d’insuffler du courage et de l’innovation dans les mécanismes démocratiques. Il est question, en fait, de refuser l’exclusion sous ses habits sournois ou sous ses formes brutales. Il est question de donner corps et champ à l’exigence d’égalité des chances. Il est question d’afficher clairement des ambitions pour la jeunesse, toute la jeunesse, en la préparant aux arts, aux sciences, aux métiers, aux artisanats, aux techniques qui vont lui assurer liberté, mobilité, sécurité professionnelle. Il est question d’assurer la circulation du savoir et des connaissances. Il est question d’affirmer qu’il faut moderniser les entreprises, sans génuflexion ni devant l’économie, ni devant le profit, ni devant la bourse, en disant clairement que les PME, les TPE, les artisans sont des mines de savoir faire, des gisements d’emplois et qu’ils s’inscrivent dans la sédentarité et dans la durée. Il est question de ranimer le dialogue des cultures, les rencontres entre les peuples, et la solidarité à l’échelle du monde. Il est question, en fait, de refuser l’indifférence, et de retrouver à tout âge des optimismes juvéniles, de fustiger les égoïsmes obscènes de ceux qui sont dans l’aisance et l’individualisme, d’arrimer nos intelligences, nos énergies, nos espérances pour faire foule et étrangler la détresse, vaincre les injustices, pourchasser les inégalités. C’est à ce prix que nous parviendrons à réenchanter ceux qui ne croient plus à la puissance de la volonté, à la force de la générosité, au désir d’être ensemble, à la capacité de sculpter l’avenir avec pour toute arme, les ressources de tous, nos insolences créatrices, nos utopies inoxydables, la vitalité imputrescible de nos idéaux. Et pour cela, nous sommes prêts à affronter toutes les polémiques, à dompter les violences de l’immobilisme actuel qui est dévastateur.

Nous allons le faire ensemble (Applaudissements). Nous ne faisons ni par contrition, ni par punition. Nous livrons cette bataille, avec la flamboyance, dans la certitude que l’avenir n’est pas à découvrir mais à inventer. Et que même s’il vient de loin, c’est entre nos mains et dans l’immensité de notre imaginaire que se profilent les lignes de notre futur. Moi-même, je suis l’expression vivante et vibrante du syncrétisme qui prouve l’harmonie possible entre une identité forte et un attachement aussi fort aux valeurs universelles. Et les valeurs sont universelles, non parce qu’elles sont nées quelque part et qu’elle ont essaimé partout, mais parce qu’elles ont germé partout et qu’elles sont imprégnées de toutes les cultures et de toutes les utopies.

Nous leurs donnerons donc les contours de nos souverainetés revivifiées. Le monde s’est globalisé ? Qu’à cela ne tienne. Nous planterons et nous grefferons les valeurs républicaines du village au monde.

J’avoue mes passions, que vous avez déjà perçues. En politique, je chéris les turbulences, le tumulte des désaccords, l’exploration inlassable des conflits, les querelles fécondes jusqu’aux convergences, jusqu’aux compromis. Nous nous retrouverons donc et nous partagerons à nouveau de grands moments de bouillonnements intellectuels, d’effervescence politique, d’ébullition d’idées subversives, de fermentation de pensées aiguisées contre les ordres établis et injustes. Nous la ferons cette 6ème République (applaudissements) et nous la ferons belle, nous la ferons plus ambrée, plus corsée, et plus grandiose, plus vigoureuse que celle qui nous a été léguée. Les réticences, les résistances, les embûches, les obstacles seront vaincus ou balayés. « La croyance que rien ne change » nous dit Nietzsche, « provient soit d’une mauvaise vue, soit d’une mauvaise foi » (applaudissements) « La première se corrige, la seconde se combat ». Quels arguments, dites-vous ? Simplement le plaisir de critiquer la vie, la joie dure de desceller les vérités, et l’impérieuse nécessité du monde à repeindre. Nous la ferons donc belle, cette 6ème République, car nous nous laisserons guider par René Char et son injonction « Agir en primitif et prévoir en stratège ». Merci.

 

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[Guillaume Tournat]

 
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