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La sixième République, une idée populaire


PAR SÉVERINE TESSIER

vendredi 2 décembre 2005, par webmaster

Lien : politiqueautrement.blogspot.com


"Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous. » 26 août 1789- déclaration des droits de l’homme et du citoyen

Curieusement, la position de synthèse du Parti Socialiste adoptée au congrès du Mans, n’a pas retenu l’idée de la Sixième République et tire tout juste quelques leçons du référendum constitutionnel européen. L’affichage de l’idée de République nouvelle à peine esquissée ne semble en effet pas du tout à la hauteur des attentes citoyennes d’un changement radical qui s’exprime au plan national. A peine a-t-on concédé un renforcement du pouvoir parlementaire sans aucune rupture avec la logique pyramidale de la V°, ni refondation d’ensemble des pouvoirs permettant de les équilibrer. Or, si l’on sonde aujourd’hui les français, toutes catégories confondues sur l’état de la démocratie, nul doute que ne s’exprime un fort rejet du système politique et institutionnel. Et pour cause, à en juger l’état des pratiques politiques qui découlent de l’organisation même des pouvoirs. Souvenons- nous - c’est aujourd’hui si banalement évoqué- que nous avons été appelés à « sauver la République » en votant pour le candidat Chirac le 5 mai 2002. Cela n’a pas empêché le peuple de désavouer massivement ses « élites » techno-politco-médiatiques un certain 29 mai, trois ans plus tard. Sans parler de l’explosion récente des banlieues manifestant encore plus explicitement ce rejet. Aucun des dirigeants de notre beau pays, n’aura pourtant donné sa démission considérant n’en porter aucune once de responsabilité. Quel est donc ce régime qui permet à un homme de dissoudre l’assemblée nationale, organiser un référendum sans jamais tirer les conséquences de ces erreurs politiques, et de nommer aux emplois publics, présider des institutions censées constituer des contrepouvoirs ou pouvoirs d’arbitrage, tout en restant le chef d’une majorité et non le garant d’une cohésion nationale au dessus des clivages partisans ?
Dans les discours tout autant que dans la pratique, Nicolas Sarkozy incarne lui certainement une idée de rupture. Faute d’être constructive, la sienne n’en n’est pas moins porteuse d’un changement de modèle. A gauche de l’échiquier politique, la LCR, le PCF, les Verts, le MRC, l’UDF, le projet d’une sixième République est désormais défendu dans les programmes électoraux. C’est à se demander par quel étrange compromis, les deux grands partis de gouvernement (encore pour combien de temps ?) qui se sont copieusement nourris sous la V° République, le PS et l’UMP (canal historique -sic) restent les seuls à défendre un système à bout de souffle. La réponse est sans doute qu’ « ils » n’envisagent pas de scier la branche sur laquelle ils sont assis, pour changer la nature du régime politique mi-bonapartiste, mi-républicain, où ils font carrière (et au prix de combien de délits politico financier dont bien sûr on nous a garanti hier la disparition totale ?). Refuser de remettre en cause le présidentialisme pour soutenir un ordre institutionnel pourri par la tête permet d’assurer l’impunité au sommet de l’Etat. C’est là pourtant une attitude assez troublante au regard du combat historique mené par la gauche face au père fondateur de la V° République, le Général de Gaulle.

Si la politique actuelle désole autant c’est sans doute parce qu’elle se focalise sur des questions de personnes alimentant la dépolitisation du débat public et, par voie de conséquence, le discrédit généralisé des élus. La demande des citoyens n’est elle pas, face à cela, de participer au débat d’idées, de s’approprier le sujet constitutionnel, afin de discuter plus largement des outils permettant de régler leurs problèmes quotidiens, à l’instar du référendum sur le TCE à travers un grand mouvement d’éducation populaire auquel toute la société civile participe pleinement déjà en dehors des partis ? Ce n’est pas un hasard si le sujet de la sixième république passionne d’abord les militants du non du 29 mai, y compris au ps, et tous les mouvements citoyens qui se sont impliqués dans la campagne ! La sixième République est l’instrument de la reconquête du pouvoir par les citoyens au premier rang desquels ceux qui souffrent du délitement de l’intérêt général, les couches populaires.

Le plus consternant est d’entendre quelques militants socialistes fermés à ces mouvements syndicaux ou associatifs, remontés à bloc comme des pendules de grands-mères essayer d’empêcher la rénovation nécessaire. C’est à valider la thèse de la Boétie dans son « discours sur la servitude volontaire » !
Leur argument est souvent repris comme une marotte aux accents définitifs : « surtout pas la sixième République c’est le retour à la IV°. Et puis de toute façon les français (sous entendus ses cochons là) ne s’intéressent pas aux questions institutionnelles ». Qu’il leur soit répondu ceci rapidement :

  1. nous proposons un régime primo ministériel en gardant le scrutin majoritaire. La stabilité est donc garantie sur la base du contrat de gouvernement que tranche l’élection. Et si le contexte politique évolue, une motion de censure constructive est possible pour remplacer le premier ministre

  2. preuve que c’est le contexte qui produit l’instabilité, depuis 3 ans, nous avons connu 3 gouvernements Raffarin et 1 Villepin.

  3. les français se sont passionnés pour le traité constitutionnel européen et seront de nouveaux intéressés par un chantier démocratique d’une grande ampleur s’ils y sont tout simplement associés, car se sera le moyen de refonder le pacte social et républicain tant mis à mal par le marché

La mauvaise fois déployée par les adversaires de la sixième République, laisse donc songeur. L’on n’aura de cesse de se demander pourquoi, quitte à tout perdre, ils font encore la promotion d’un régime indéfendable parce que marqué du seaux des privilèges, d’une justice aux ordres et de l’irresponsabilité. C’est dans la « corruption » de la démocratie que l’on maintient l’illusion de la liberté populaire le peuple dans « l’ignorance » (cqdf la déclaration de 1789), en confiscant au « corps social » son droit de choisir de réformer sa constitution pour profiter du confort de la République. C’est qu’on préfère l’alternance à la rupture refondatrice. Ainsi, les français constatent que de gauche, comme de droite, la politique ne change pas fondamentalement l’ordre établi, car les structures n’évoluent pas. Mais à longue, c’est à nous aussi simples citoyens de nous interroger. Si les moutons avaient conscience qu’ils allaient finir à l’abattoir, ils ne suivraient sûrement plus le berger qui les y mène. Rendez vous compte, demander à un mouton de devenir un citoyen ce n’est pas là une mince affaire. Tout notre travail doit être donc d’expliquer à l’animal qu’il peut devenir libre s’il fait un choix ; changer de berger ou sortir de l’enclos. C’est-à-dire aller se faire tondre ou changer de prairie.

Devant ce choix cornélien, que chacun se rappelle : la démocratie est un combat permanent et parfois contre ses propres turpitudes.

La sixième République, fera naître mille espoirs pour la faire vivre si, du milieu du troupeau, surgit la rébellion des moutons en colère bêlant plus fort que les autres pour la faire entendre. Et nous en serons. Décidément. Décidément !

 

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