"Les représentants du peuple français,
constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli
ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs
publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer,
dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et
sacrés de l’homme, afin que cette déclaration, constamment présente à
tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits
et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du
pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de
toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les
réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples
et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et
au bonheur de tous. » 26 août 1789- déclaration des droits de l’homme
et du citoyen
Curieusement, la position de synthèse du Parti
Socialiste adoptée au congrès du Mans, n’a pas retenu l’idée de la
Sixième République et tire tout juste quelques leçons du référendum
constitutionnel européen. L’affichage de l’idée de République nouvelle
à peine esquissée ne semble en effet pas du tout à la hauteur des
attentes citoyennes d’un changement radical qui s’exprime au plan
national. A peine a-t-on concédé un renforcement du pouvoir
parlementaire sans aucune rupture avec la logique pyramidale de la V°,
ni refondation d’ensemble des pouvoirs permettant de les équilibrer.
Or, si l’on sonde aujourd’hui les français, toutes catégories
confondues sur l’état de la démocratie, nul doute que ne s’exprime un
fort rejet du système politique et institutionnel. Et pour cause, à en
juger l’état des pratiques politiques qui découlent de l’organisation
même des pouvoirs. Souvenons- nous - c’est aujourd’hui si banalement
évoqué- que nous avons été appelés à « sauver la République » en votant
pour le candidat Chirac le 5 mai 2002. Cela n’a pas empêché le peuple
de désavouer massivement ses « élites » techno-politco-médiatiques un
certain 29 mai, trois ans plus tard. Sans parler de l’explosion récente
des banlieues manifestant encore plus explicitement ce rejet. Aucun des
dirigeants de notre beau pays, n’aura pourtant donné sa démission
considérant n’en porter aucune once de responsabilité. Quel est donc ce
régime qui permet à un homme de dissoudre l’assemblée nationale,
organiser un référendum sans jamais tirer les conséquences de ces
erreurs politiques, et de nommer aux emplois publics, présider des
institutions censées constituer des contrepouvoirs ou pouvoirs
d’arbitrage, tout en restant le chef d’une majorité et non le garant
d’une cohésion nationale au dessus des clivages partisans ?
Dans les
discours tout autant que dans la pratique, Nicolas Sarkozy incarne lui
certainement une idée de rupture. Faute d’être constructive, la sienne
n’en n’est pas moins porteuse d’un changement de modèle. A gauche de
l’échiquier politique, la LCR, le PCF, les Verts, le MRC, l’UDF, le
projet d’une sixième République est désormais défendu dans les
programmes électoraux. C’est à se demander par quel étrange compromis,
les deux grands partis de gouvernement (encore pour combien de temps ?)
qui se sont copieusement nourris sous la V° République, le PS et l’UMP
(canal historique -sic) restent les seuls à défendre un système à bout
de souffle. La réponse est sans doute qu’ « ils » n’envisagent pas de
scier la branche sur laquelle ils sont assis, pour changer la nature du
régime politique mi-bonapartiste, mi-républicain, où ils font carrière
(et au prix de combien de délits politico financier dont bien sûr on
nous a garanti hier la disparition totale ?). Refuser de remettre en
cause le présidentialisme pour soutenir un ordre institutionnel pourri
par la tête permet d’assurer l’impunité au sommet de l’Etat. C’est là
pourtant une attitude assez troublante au regard du combat historique
mené par la gauche face au père fondateur de la V° République, le
Général de Gaulle.
Si la politique actuelle désole autant c’est sans
doute parce qu’elle se focalise sur des questions de personnes
alimentant la dépolitisation du débat public et, par voie de
conséquence, le discrédit généralisé des élus. La demande des citoyens
n’est elle pas, face à cela, de participer au débat d’idées, de
s’approprier le sujet constitutionnel, afin de discuter plus largement
des outils permettant de régler leurs problèmes quotidiens, à l’instar
du référendum sur le TCE à travers un grand mouvement d’éducation
populaire auquel toute la société civile participe pleinement déjà en
dehors des partis ? Ce n’est pas un hasard si le sujet de la sixième
république passionne d’abord les militants du non du 29 mai, y compris
au ps, et tous les mouvements citoyens qui se sont impliqués dans la
campagne ! La sixième République est l’instrument de la reconquête du
pouvoir par les citoyens au premier rang desquels ceux qui souffrent du
délitement de l’intérêt général, les couches populaires.
Le plus
consternant est d’entendre quelques militants socialistes fermés à ces
mouvements syndicaux ou associatifs, remontés à bloc comme des pendules
de grands-mères essayer d’empêcher la rénovation nécessaire. C’est à
valider la thèse de la Boétie dans son « discours sur la servitude
volontaire » !
Leur argument est souvent repris comme une marotte
aux accents définitifs : « surtout pas la sixième République c’est le
retour à la IV°. Et puis de toute façon les français (sous entendus ses
cochons là) ne s’intéressent pas aux questions institutionnelles ».
Qu’il leur soit répondu ceci rapidement :
- nous proposons un
régime primo ministériel en gardant le scrutin majoritaire. La
stabilité est donc garantie sur la base du contrat de gouvernement que
tranche l’élection. Et si le contexte politique évolue, une motion de
censure constructive est possible pour remplacer le premier ministre
- preuve que c’est le contexte qui produit l’instabilité, depuis 3 ans,
nous avons connu 3 gouvernements Raffarin et 1 Villepin.
- les
français se sont passionnés pour le traité constitutionnel européen et
seront de nouveaux intéressés par un chantier démocratique d’une grande
ampleur s’ils y sont tout simplement associés, car se sera le moyen de
refonder le pacte social et républicain tant mis à mal par le marché
La
mauvaise fois déployée par les adversaires de la sixième République,
laisse donc songeur. L’on n’aura de cesse de se demander pourquoi,
quitte à tout perdre, ils font encore la promotion d’un régime
indéfendable parce que marqué du seaux des privilèges, d’une justice
aux ordres et de l’irresponsabilité. C’est dans la « corruption » de la
démocratie que l’on maintient l’illusion de la liberté populaire le
peuple dans « l’ignorance » (cqdf la déclaration de 1789), en
confiscant au « corps social » son droit de choisir de réformer sa
constitution pour profiter du confort de la République. C’est qu’on
préfère l’alternance à la rupture refondatrice. Ainsi, les français
constatent que de gauche, comme de droite, la politique ne change pas
fondamentalement l’ordre établi, car les structures n’évoluent pas.
Mais à longue, c’est à nous aussi simples citoyens de nous interroger.
Si les moutons avaient conscience qu’ils allaient finir à l’abattoir,
ils ne suivraient sûrement plus le berger qui les y mène. Rendez vous
compte, demander à un mouton de devenir un citoyen ce n’est pas là une
mince affaire. Tout notre travail doit être donc d’expliquer à l’animal
qu’il peut devenir libre s’il fait un choix ; changer de berger ou
sortir de l’enclos. C’est-à-dire aller se faire tondre ou changer de
prairie.
Devant ce choix cornélien, que chacun se rappelle : la
démocratie est un combat permanent et parfois contre ses propres
turpitudes.
La sixième République, fera naître mille espoirs pour la
faire vivre si, du milieu du troupeau, surgit la rébellion des moutons
en colère bêlant plus fort que les autres pour la faire entendre. Et
nous en serons. Décidément. Décidément !