Il
est de bon ton, dans les rangs de nos élites
politico-médiatiques, de railler le gouvernement américain
et de dénoncer, avec force cris d’orfraie, le tortionnaire
que serait George BUSH.
Mais,
au fait, dans quelle grande démocratie la justice est-elle
capable de déclarer illégal le tribunal d’exception
mis en place par le gouvernement dans sa « guerre contre
le terrorisme » islamiste ?
Et
dans quelle grande démocratie un juge est-il muté avant
d’avoir pu terminer ses investigations sur une attaque qui coûta
la vie à neuf soldats en mission à l’étranger
sans que le gouvernement ait réellement contribué à
faire avancer l’enquête ?
A
la première question, il faut répondre les Etats-Unis
d’Amérique, à la seconde la France.
Comme
l’écrit Libération ce 3 juillet, aussi
justifiée soit-elle dans le contexte de guerre civile que la
Côte d’Ivoire connaît depuis plus de deux ans,
l’opération « Licorne » obéit
aussi à des considérations géopolitiques sans
doute tout à fait légitimes si elles n’étaient
pas si opaques.
Et
si le Congrès et la Cour suprême des Etats-Unis ont le
pouvoir de contester et de remettre en cause une décision
militaire d’un président pourtant considéré
comme l’homme le plus puissant de la planète, députés
et sénateurs français, sans même parler des
hautes juridictions, ne peuvent espérer aucune influence sur
la politique étrangère et de sécurité du
pays, qui se situe au cœur du domaine réservé de
l’hôte de l’Elysée...
Toute
politique étrangère, toute action militaire ont leurs
zones d’ombre qu’il n’est pas forcément opportun de
rendre publics. Mais toute démocratie qui se respecte dévoile
au moins cette part la moins avouable de ses politiques au contrôle,
même sous le sceau du secret, de sa représentation
nationale. Et tout Etat de droit qui se respecte laisse les juges
enquêter là où bon leur semble.
Pas
en France cependant ! Les présidents de la République
successifs restent attachés à leur « domaine
réservé » en général et à
leur « politique africaine de pré carré »
en particulier sans prendre conscience du déclin de
l’influence française dans le monde.
Avec
les précautions propres à ces matières, la
politique étrangère et de sécurité de la
France mériterait de vraies discussions au Parlement et de
réelles procédures de contrôle, sauf à ce
que les Français prouvent leur attachement à
l’inviolabilité de la parole présidentielle sur la
doctrine de l’emploi de la force nucléaire ou la projection
de contingents militaires sur des théâtres étrangers...
François
COLCOMBET
Ancien
député, président de la C6R