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Je me réjouis que notre dénonciation d’une crise de régime soit entendue


ENTRETIEN AVEC ARNAUD MONTEBOURG, DÉPUTÉ DE SAÔNE-ET-LOIRE

Première publication : 5 août 2005, mise en ligne: dimanche 22 août 2004, par webmaster

Lien : www.lemonde.fr


Je me réjouis que notre dénonciation d’une crise de régime soit entendue

Entretien avec Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire, cofondateur du courant Nouveau Parti socialiste (NPS), paru dans le quotidien Le Monde daté du 22 août 2004
Propos recueillis par Caroline Cordier

 

JackLang, qui lance ces jours-ci dans un livre un appel à la réforme desinstitutions, est l’invité d’honneur de la Fête de la rose, que vousorganisez dimanche à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire). Avez-voustrouvé un nouvel allié dans votre combat contre la Ve République ?

Je suis heureux de permettre à Jack Lang, qui a toujours défendu l’esprit démocratique contre la tentation bonapartiste de la VeRépublique, d’exprimer ses convictions sur la réforme des institutions.Il y a trois ans, quand nous avons créé la Convention pour la VIeRépublique (C6R), on nous regardait comme si nous parlions le volapük !Aujourd’hui, je me réjouis que notre dénonciation d’une crise de régimesoit entendue et que ce débat prenne de l’ampleur. Si l’on additionneles voix des militants qui ont voté pour les motions des courants NPS,Nouveau Monde et Force militante au dernier congrès du PS,plus de 40 % des socialistes souhaitent le changement de république. Ilfaut y ajouter François Bayrou, les radicaux de gauche, les Verts. Etcertains membres de l’UMP - comme le député Jérôme Chartier -réfléchissent aux possibilités de réformer les institutions.

M. Lang, néanmoins, préfère un régime présidentiel au régime parlementaire que vous prônez...

Ila le mérite de briser l’interdit sur un débat qui n’a pas été possibleau congrès de Dijon. Je considère, moi, que le régime présidentiel estun système de cohabitation géante entre deux pouvoirs - le Parlement etle président -, issus d’une même légitimité : celle du suffrageuniversel. En cas de conflit, ils n’ont d’autre choix que le compromis.C’est un régime à l’américaine, conçu pour paralyser la décisionpolitique, étranger à la tradition française. La seule application dece système dans notre pays, sous la IIe République, en 1848, a abouti à un coup d’Etat.

N’est-il pas paradoxal de dénoncer le présidentialisme et decélébrer, avec la C6R (le 24 août), François Mitterrand, qui a pris sapart à cette évolution du régime ?

Le mitterrandisme est de plusieurs couleurs... Nous soulignons l’actualité du livre qu’il avait écrit en 1964, Le Coup d’Etat permanent,pour mieux nous détacher des pratiques politiques de ses deuxseptennats. Nous devons reprendre le flambeau de ce combat amorcé il ya 40 ans par François Mitterrand, mais aussi par Pierre Mendès Francedans La République moderne, dès 1962. Leurs réflexions sontaujourd’hui oubliées alors que la compromission, l’irresponsabilité etla confusion des pouvoirs n’ont jamais été si fortes au sommet del’Etat. Il faut déplorer la reprise en main de la justice, qu’" un brin d’avoine ramène à l’écurie ",selon l’expression mitterrandienne, et la mise à la disposition d’unseul individu d’un grand nombre d’institutions qui servaient decontre-pouvoirs. L’annexion à l’UMP de la Cour des comptes, du Conseild’Etat, du Conseil constitutionnel, du CSA et de la CNIL en est la plussévère illustration.

Le livre de François Mitterrand était aussi un pamphlet contre legénéral de Gaulle. Votre combat ne vise-t-il pas d’abord JacquesChirac ?

Le message d’une nécessaire réforme des institutions estdestiné à tous. J’appelle mon propre parti à se rénover, sur ce sujetcomme sur beaucoup d’autres.

François Hollande a promis un référendum sur les institutions encas de victoire du PS en 2007 et a suggéré plusieurs pistes de réforme,notamment du Sénat. En réclamez-vous davantage ?

La tâche dessocialistes n’est pas de multiplier les bouts de programme ni lesdemi-colloques, mais de bâtir un véritable programme de réforme desinstitutions pour le candidat du PS en 2007. Le parti a accumulé depuisdes années des propositions à ce sujet, mais celles qui ont abouti - lequinquennat et l’inversion du calendrier électoral - n’ont réussi qu’àaccroître la toute-puissance présidentielle. Je n’oublie pas le refushistorique des dirigeants socialistes, en 2001, de mettre en accusationle président de la République devant la Haute cour de justice. Cetteprocédure, qui aurait, je pense, rencontré l’assentiment général de nosconcitoyens, aurait été une thérapie de choc pour rompreintellectuellement et politiquement avec les institutions actuelles etbâtir, enfin, la VIe République.

Evoquerez-vous avec M. Lang, dimanche, la Constitution européenne, sur laquelle vous êtes en désaccord ?

Cedébat ne sera pas mené à Frangy-en-Bresse, mais au sein du PS, en tempsvoulu, selon le calendrier fixé par François Hollande. Je suis opposé àce texte, mais passé le temps de la campagne interne, si le " oui "l’emporte chez les militants, je défendrai le " oui " au nom de mon parti. J’attends la même discipline collective des partisans du " oui "si les opposants au texte recueillent la majorité.

 

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