Êtes-vous surpris par l’effondrement de Jean-Pierre Raffarin dans les sondages ?
Non.
Il ne faut pas s’étonner si l’opinion se détourne aussi violemment de
lui. Depuis qu’il est à Matignon, le Premier ministre mène une
politique de classe, au sens brutal du terme. Les plus pauvres sont
désormais mobilisés pour porter secours aux plus riches !
Que lui reprochez-vous ?
Des mesures injustes et
antisociales. Pour satisfaire quelques privilégiés, Raffarin a baissé
l’impôt sur la fortune puis l’impôt sur le revenu des classes
supérieures. Dans le même temps, il a augmenté le ticket modérateur
pour les personnes âgées dépendantes les plus modestes, le forfait
hospitalier, les taxes sur le gazole et le tabac. Il dérembourse un
millier de médicaments, laisse exploser les impôts locaux, diminue
l’allocation pour les chômeurs en fin de droits... et oblige à
travailler gratuitement un jour férié. Les victimes de sa politique
sont des millions, les bénéficiaires quelques milliers seulement. M.
Raffarin finira sous les quolibets de la classe ouvrière.
Le gouvernement peut-il tabler sur le retour de la croissance ?
Encore
faudrait-il avoir pris des mesures qui favorisent une éventuelle
reprise. En 2002, Lionel Jospin avait laissé le déficit public à 1,2 %
du produit intérieur brut (PIB). Il est actuellement à près de 4 %.
Comment le gouvernement compte-t-il combler le trou ? Je ne vois pas
d’autre solution que d’augmenter à nouveau les prélèvements. Donc,
freiner un peu plus l’activité économique.
Sur la scène intérieure, Jacques Chirac paraît relativement absent...
C’est le roi fainéant de la Vème
République. Il incarne un système à bout de souffle, antidémocratique,
que notre génération devra reconstruire entièrement, du rez-de-chaussée
jusqu’aux combles. L’affaire de la canicule a démontré à quel point
toute notre organisation politique est fondée sur l’irresponsabilité.
Je résume la bonne parole gouvernementale : c’est de la faute aux
victimes si elles n’ont pas su se prémunir des conséquences de
l’hyperthermie. Dans n’importe quelle autre démocratie, après une
catastrophe pareille, le ministre de la Santé aurait présenté sa
démission, le Parlement se serait réuni d’urgence pendant l’été et une
enquête sérieuse et contradictoire aurait été diligentée aussitôt ! En
France, on préfère accuser des lampistes et susciter des rapports
favorables...
Qu’attendez-vous de la commission d’enquête parlementaire qui sera mise en place début octobre ?
Rien, c’est trop tard. Les informations sensibles sur la canicule ont disparu. Il fallait agir dès le mois d’août.
Le PS est-il désormais en ordre de bataille ?
Pas vraiment. Sur tous les sujets d’actualité, comme les retraites ou la mondialisation, nous sommes en retard et divisés. Le congrès de Dijon n’aura finalement accouché que d’une direction sans tête. Tout reste donc à faire.
Vous avez récemment révélé que vous faisiez l’objet de menaces de mort depuis deux ans...
Oui. Il est très difficile d’exercer un mandat lorsqu’on est pris à partie
de cette façon. Mais je ne céderai à aucun chantage. Il y a dans notre
pays un fossé entre la population et ses représentants. Un manque de
confiance total. Pour la rétablir, on ne peut se contenter d’un
replâtrage. Il faudra inévitablement bâtir un nouveau contrat social,
une nouvelle République. La VIème du nom.
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